#ConfinementJour29 – Partage de lecture du roman ” 2152 ” – Chapitres 81 et 82

 

© Paul Maraud, 2018, pour le texte. Tous droits réservés.
© Éditions Semis de mots, 2018. Bordeaux – Nouvelle Aquitaine
Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, décembre 2018.
Dépôt légal : décembre 2018

 

 

2152

Quatrième période

« Je vais te confier une mission ! »

Cataclysme

 

         Autour du responsable technique et devant les plans de la base du PNC, les architectes et les ingénieurs qui avaient conçu les trois cités cherchaient à savoir ce qui avait pu provoquer le séisme de la nuit précédente. Sous ce gigantesque plateau, les secousses avaient été d’une telle intensité que certaines zones avaient été sérieusement endommagées ; particulièrement dans la partie haute de la structure.

Le Grand Maître était pressé de connaître leurs conclusions, car il avait assisté en direct, pendant qu’il travaillait, à l’éclatement de la terrasse de son bureau. Impressionné par cette soudaine violence, il s’inquiétait pour l’avenir du site…

— Je crains que le plafond ne soit pas suffisamment épais pour soutenir l’immense citerne naturelle qui est au-dessus de nos têtes ! reconnut le premier ingénieur.

— Oui, confirma l’architecte qui était à côté de lui. Jamais nous n’aurions imaginé que la rivière souterraine qui passe sous le puits déborde au point de remplir le gouffre. J’ai peur que l’édifice ne puisse supporter très longtemps le poids colossal que représente cette masse d’eau.

— À mon avis, ajouta un deuxième ingénieur, il y a certainement eu un affaissement des parois à l’intérieur de la cavité. La chute brutale de la roche expliquerait ces secousses. Autrement dit, nous pouvons imaginer que cette érosion a déposé des tonnes supplémentaires de matière dans le fond du trou déjà inondé. Ces blocs de pierre empêchent sans doute l’eau de s’écouler par le lit souterrain que la rivière a creusé au fil du temps. Le toit de notre édifice est donc actuellement soumis à des contraintes extrêmes !

— Pensez-vous qu’il serait plus sage d’évacuer le site ? demanda le responsable technique.

— Oui !… J’ai déjà repéré dans les parois quelques fuites inquiétantes, répondit l’ingénieur. Si une nouvelle vibration avait lieu, nous assisterions à une catastrophe équivalente à l’explosion d’un barrage au-dessus d’une ville ! C’est un lac entier qui se déverserait dans les galeries de l’immense réseau qui nous abrite. Personne ne survivra à ce déluge… J’en suis convaincu !

— Alors, dans ce cas, conclut le responsable, ne perdons pas de temps… Allons prévenir le Grand Maître !

 

*

 

— Qu’est-ce que vous m’apprenez ? s’indigna le Grand Maître qui s’entretenait devant l’écran de son bureau avec le comte de la Mouraille. Les hommes-miniature sont toujours vivants ? Ils sont dans des bulles au milieu des océans ? Partout ?… En plus, vous m’informez maintenant que vous déteniez le Professeur Boz et le Professeur Waren… et qu’ils ont réussi à fuir ? Mais… vous êtes un minable, Comte !… Un minable !

Le comte de la Mouraille avait dû se résoudre à avouer son forfait. La perte de ses prisonniers l’avait obligé à revoir tous ses plans. Remettant ses rêves de conquêtes à plus tard, il s’était décidé à prévenir de toute urgence son chef de l’existence des cités marines qui abritaient les hommes-miniature. Le professeur Boz ne tarderait pas à informer les sages de la présence de ses troupes à l’intérieur du Machu Picchu. Très prochainement, une contre-attaque était à prévoir et il comptait sur le Grand Maître pour les éliminer avant qu’ils organisent une offensive contre lui…

— Mes soldats sont partis à leur poursuite, Grand Maître. Les traîtres qui ont aidé les scientifiques à s’évader possèdent une puce intradermique qui nous permet de les suivre par satellite. Nous allons les rattraper rapidement… Par contre, j’ai pu localiser toutes les cités marines des hommes-miniature, sur l’ensemble de la planète. Je vais vous transmettre la carte détaillée de ces emplacements pour que vous puissiez les détruire le plus vite possible.

— Dépêchez-vous de m’envoyer cette carte ! lui somma Anikeï Bortch, en retenant sa hargne. À propos, mon cher Comte… Avez-vous déjà vu des châteaux de sable s’écrouler lorsque vous étiez enfant ?

— Ou… oui, Grand Maître ? s’inquiéta-t-il. Pourquoi dites-vous cela ?

— C’est ce qui risque d’arriver à votre château de Versailles si vous ne réparez pas immédiatement vos bêtises !… M’avez-vous bien compris ?

— Tout à fait, Grand Maître !… Je vous envoie ça tout de suite ! Et je vous tiens au courant dès que mes soldats auront ramené le Professeur Boz et ses complices…

Tandis qu’il coupait sèchement la communication avec son ministre, Number one frappa à la porte.

— Entrez ! cria-t-il aussitôt, encore énervé par la discussion à laquelle il venait de mettre fin.

Son second était accompagné d’une cohorte d’architectes qui s’apprêtaient à lui expliquer le danger qui planait au-dessus de leurs têtes… Ils l’invitèrent à quitter le plateau…

— Décidément, tout va mal aujourd’hui ! constata le Grand Maître après avoir écouté l’exposé alarmiste des spécialistes. Combien de temps avons-nous pour évacuer la base ?

— Le plus tôt sera le mieux ! répondit le responsable technique. À notre avis, tout peut s’écrouler d’un moment à l’autre !

— Bien… Messieurs, si votre verdict est aussi catégorique, je vous charge de gérer le transfert de nos hommes vers la base numéro 2… Vous pouvez disposer !

Alors qu’ils se retiraient tous de son bureau, pressés d’organiser leur départ avant l’imminente catastrophe, le Grand Maître appela son second :

— Number one ? Peux-tu rester ici ? Je dois m’entretenir avec toi. J’ai quelque chose d’important à te dire !

Le chef de la Brigade Spéciale acquiesça et le Grand Maître attendit que les architectes et autres ingénieurs ne soient plus dans la pièce pour discuter avec lui.

— Number one ! hurla-t-il soudain, ne pouvant plus se contenir. Cet imbécile de Comte vient de m’annoncer que nous avons été bernés par les hommes-miniature…

— Comment ça ?

— Ils avaient conçu des cités de secours dans toutes les mers du globe pour s’y réfugier en cas d’attaques terrestres… Ils ont eu le temps de s’enfuir avant que nous détruisions leurs QG avec nos missiles… À l’heure où je te parle, ils se prélassent, les pieds dans l’eau, pendant que nous nous imaginions qu’ils étaient tous morts !

— Incroyable !… Et pourquoi le Comte de la Mouraille ne nous a-t-il pas tenus au courant plus tôt ?… C’est insensé !

— Ce n’est pas tout !… Notre Comte adoré détenait l’équipe du Professeur Boz… Et nous ne savions rien ! Ce crétin les a laissés s’enfuir… Ses troupes sont actuellement à leur poursuite.

— Le traître !… Il le paiera cher ! annonça Number one, aussi vexé que son chef. Je vais donner l’ordre à mes hommes de l’arrêter tout de suite !

— Non !… Nous allons lui faire croire qu’il a toujours notre confiance. Nous ne devons surtout pas semer le trouble chez nos soldats-miniature afin qu’ils restent fidèles à notre cause. Pour l’instant, ils lui obéissent et nous avons besoin de maintenir cette unité tant qu’ils n’ont pas retrouvé leur taille normale… Attendons que le Comte ait récupéré le Professeur Boz. Lorsqu’il aura mis au point sa formule pour les agrandir, nous chargerons nos brigadiers qui sont sur le site du Machu Picchu de l’arrêter. Nous condamnerons aussitôt le Comte à la peine de mort pour haute trahison.

Pendant qu’Anikeï Bortch parlait, la carte qui localisait très précisément les cités marines sur le globe apparut sur l’écran de son ordinateur…

— Ah ! dit-il rassuré, en dirigeant l’image vers Number one. Regarde ça !… C’est incroyable !… Comment ce gigantesque programme de construction a-t-il pu nous échapper ?

— Ne cherchez pas, Grand Maître… Nous sommes maintenant sûrs que le Comte de la Mouraille avait des intentions secrètes qu’il ne pouvait vous avouer. Ce ministre est le plus fourbe de vos sujets !

— Bien !… Bien ! conclut le gouverneur, amusé d’avoir percé à jour la perfidie du Comte. Qu’il en profite !… En attendant, penses-tu que nous avons le temps d’anéantir toutes ces villes flottantes avant notre départ ?

— Non ! La programmation du lancement de nos missiles prendra plusieurs jours. Nous devons sauver en priorité le Parti de la Nouvelle Chance en procédant à l’évacuation de nos hommes… Je vous promets de couler leurs vulgaires bouées de secours dès que nous aurons rejoint notre deuxième base !

 

 

*

 

Tant que le module scarabée avait encore un peu d’avance, les soldats de la CM57300 s’empressèrent d’établir le contact avec le comité des sages… Quand le capitaine du vaisseau eut fini de s’entretenir avec eux, il laissa sa place au professeur Boz pour qu’il puisse à son tour raconter leurs mésaventures.

— Oh, Professeur ! s’enquit la sage Betty Falway qui parlait au nom du comité, comme nous sommes heureux de vous entendre après tout ce que vous avez enduré avec vos amis… Comment allez-vous ?

— Bien, merci ! répondit-il. Notre séjour au sein du PNC nous a appris beaucoup de choses sur leur fonctionnement… Je pense pouvoir vous apporter quelques informations capitales qui vous permettront de mieux cerner nos ennemis.

Le plus brièvement possible, pour ne pas perdre de temps, le professeur expliqua aux sages comment les espions du PNC étaient organisés et qui en était le chef…

Il leur parla des patrouilles qui naviguaient à travers les océans grâce à des tortues luth et qui soutenaient secrètement les agents qui les surveillaient dans les cités marines. C’est ainsi qu’ils avaient été kidnappés… Il évoqua également ce fameux site de Machu Picchu où le comte de la Mouraille centralisait les renseignements du monde entier et les transmettait ensuite au Grand Maître, situé dans le massif de l’Oural… Enfin, il avoua qu’il avait laissé avec regret, dans les laboratoires du temple du soleil, les résultats de leurs travaux qui permettraient certainement aux agents-miniature du PNC de retrouver leur taille d’origine.

— Ne vous inquiétez pas, Professeur ! le rassura la sage Falway. Maintenant que nous connaissons l’emplacement exact de leur cachette et que vous n’êtes plus les otages de ces criminels, nous allons pouvoir riposter avec force. Nous tenons à prendre possession de cette base secrète et à démanteler définitivement ce réseau d’espionnage.

— Malheureusement, reprit Théo Boz, je crois qu’il y a plus urgent à faire, Sage Falway…

— Que voulez-vous dire ?

— Le Comte de la Mouraille a répertorié sur une carte toutes nos cités marines. Maintenant que nous lui avons donné un protocole à suivre pour agrandir ses hommes, il ne se souciera plus de cacher notre existence à son supérieur. Je suppose, d’ailleurs, qu’il lui a déjà transmis sa liste… Et s’il réagit comme il l’a fait pour nos QG terrestres…

— Vous insinuez que nous devons quitter les cités marines ? s’affola la sage Falway…

— Effectivement, il est urgent de se protéger des attaques du PNC ! confirma le professeur Boz. Nous avons de bonnes raisons de croire que le Grand Maître cherchera à nous exterminer dans les plus brefs délais…

 

*

 

Mattéo et ses amis s’étonnèrent que leur ration quotidienne ne fût pas encore livrée… Ils avaient extrêmement faim. Leur ventre gargouillait exagérément et ils devaient supporter les douloureuses crampes d’estomac au fond de leur abdomen…

Mais ce qui les inquiétait le plus, c’était de ne rien entendre derrière la porte en fer qui les séparait de leurs gardiens. D’habitude, ils arrivaient à percevoir quelques bruits de bottes qui raclaient le sol ou qui cognaient la surface métallique, lorsque les soldats se déplaçaient… Là, ils avaient l’étrange sensation que personne n’était de l’autre côté.

— J’ai mal au ventre ! se plaignit Yoko. Quand vont-ils nous amener notre repas ? Même si cette soupe est infecte, elle a au moins le mérite de caler notre estomac !

 

*

 

Horus et GLIC s’étaient réfugiés dans la forêt avoisinante. Derrière la grosse branche d’un conifère centenaire, ils surveillaient le trafic incessant des véhicules du PNC qui s’opérait au pied de la falaise. Un peu plus tôt, ils avaient évité le pire. Horus se trouvait sur la terrasse du Grand Maître quand celle-ci s’était effondrée. Il avait été le plus prompt à réagir pour fuir le danger. GLIC, par contre, avait été entraîné dans sa chute avec le béton et les poutres métalliques de la structure… Siang Bingkong, surpris par l’écroulement, avait perdu tous ses repères dans l’espace et avait mis du temps à capter le rayonnement infrarouge d’Horus. Dès qu’il eut réussi à le localiser, il avait pris la sage décision de diriger le robot jusqu’à lui et il avait fait confiance à l’intuition de l’animal pour se laisser guider. Ce fut le bon choix, car, en suivant fidèlement la trajectoire de l’oiseau, il avait pu atterrir sans encombre et éviter que le robot ne s’écrase au sol…

Les camions qui transportaient les clones passaient maintenant en long convoi devant GLIC et Horus. Susie Cartoon et son assistante, Qiao Kong-Leï, avaient préféré endormir leurs protégés tant qu’ils n’avaient pas fini leur formation. Les clones de Mattéo étaient pratiquement prêts à remplir leur mission mais elles ne souhaitaient pas que ce contrariant intermède génère au niveau de leurs comportements des réactions imprévisibles…

Les serviteurs du peuple étaient répartis dans tous les convois. Ils s’assureraient de l’intendance pendant le transfert, en plus de la maintenance des véhicules. Un contingent plus important avait été requis pour s’occuper tout particulièrement des adolescents ainsi que des malades.

La Brigade Spéciale, quant à elle, veillait à la sécurité des passagers. Elle était présente, à la fois dans les camions et aussi dans les hélicoptères qui survoleraient constamment la caravane pendant le voyage…

 

*

 

Les jeunes prisonniers devaient se préparer à passer une nouvelle nuit sans manger… Cette fois-ci, leur inquiétude semblait fondée. À plusieurs moments de la journée, ils avaient frappé énergiquement à la porte de leur cellule et jamais ils n’avaient obtenu de réponse. Alors, dépités, la nuit venue, quand ils se retrouvèrent dans l’obscurité la plus complète, ils se rassemblèrent encore une fois dans le fond de la caverne. Immobiles, ils fixaient, d’un air préoccupé, l’ouverture naturelle qui donnait directement dans le vide. Au bout d’un certain temps, ils eurent l’impression d’apercevoir, à travers de dangereux trou, de petites lueurs furtives qui se déplaçaient…

— Est-ce que vous voyez comme moi… de la lumière ? demanda Kimbu à ses amis.

Tous acquiescèrent… Depuis qu’ils étaient enfermés ici, ils n’avaient jamais eu l’occasion de remarquer ce phénomène.

— Qu’est-ce que ça peut bien être ? s’étonna Indra.

— Nous devons absolument comprendre ce qu’il se passe ! renchérit Mattéo en s’approchant de l’orifice. J’ai un mauvais pressentiment !

— Tu es fou ! objecta Rachid. N’avance pas ! Tu risques de tomber !

— Oui ! approuva Shad. C’est bien trop dangereux !

Mais Mattéo n’écouta pas leurs conseils. Il leur proposa de faire une chaîne humaine. Il pensait pouvoir se retenir au bas de la porte métallique…

— Oh !… Je n’aime pas ça ! gémit Yoko qui imaginait déjà la catastrophe.

Dans le petit interstice qui était situé sous la porte, Kimbu réussit à glisser ses deux mains jusqu’à l’angle opposé, côté salle des gardes. Avec ses longs doigts, il le saisit fermement et quand il fut certain d’être bien calé, il s’étendit sur le sol. Il proposa à Shad de se retenir à son pied droit pour atteindre le trou. Shad se coucha à son tour et laissa pendre ses jambes dans le vide. Mattéo n’avait plus qu’à s’accrocher à lui pour y parvenir…

— Vas-y, Mattéo ! beugla Kimbu, très concentré. Essaie de faire vite !

Sans trop réfléchir, il glissa le long des jambes de Shad jusqu’à gagner l’extrémité de l’orifice. Yoko et Indra le retenaient par sa tunique. Elles-mêmes étaient maintenues par Rachid qui se cramponnait au pied gauche de Kimbu… Tous les muscles de son corps étaient tendus. Tant qu’il avait suffisamment de force, Mattéo jeta un rapide coup d’œil vers le précipice pour déceler l’origine des lumières. Il surprit soudain, un long cortège d’engins motorisés qui s’enfonçaient dans la forêt depuis le bas de la falaise, comme des chenilles processionnaires. Leurs puissants phares dessinaient dans le noir de la nuit un parcours sinueux et scintillant.

— Je remonte ! hurla-t-il, sentant déjà des crampes musculaires dans les bras et le cou.

Pour l’aider dans son ascension, les deux filles tirèrent tant qu’elles purent sur ses vêtements. Elles le hissèrent sans problème et il les remercia pour leur efficacité. Dès qu’ils furent à nouveau réunis autour de Kimbu, ils se blottirent contre la porte pour écouter Mattéo…

— Alors ? demandèrent-ils tous, impatients.

— Ils partent ! suffoqua-t-il. Ils nous abandonnent !

 

*

 

Les derniers véhicules du PNC étaient déjà loin de la base quand le jour se leva…

Andrew avait obtenu du Grand Maître, le privilège de monter dans l’hélicoptère, accompagné de Poe, sa favorite. Très affaiblie, elle avait suivi Andrew qui était venu la chercher dans sa chambre d’hôpital. Sans comprendre ce qui se passait, encore groggy, sous l’effet des médicaments, elle s’était assise dans le giravion, à côté d’un infirmier qui avait été désigné par le Grand Maître. Il lui apporterait les soins nécessaires durant le voyage.

 

*

 

Dans le cachot de la falaise, où Mattéo et ses amis étaient cloîtrés, la tension était à son comble… La roche subit de nouvelles secousses et, comme ils l’avaient fait la fois précédente, la peur les incita à se plaquer au sol. Ils étaient pourtant conscients que ce réflexe de survie qui les poussait à se recroqueviller ne les protégeait de rien du tout. La seule chose qu’ils pouvaient faire, c’était d’attendre en tremblant et espérer que cela cesse au plus vite.

Mais ce matin-là, les vibrations ne stoppèrent pas au bout de quelques minutes. Bien au contraire, elles eurent tendance à s’intensifier jusqu’à ce qu’une énorme plaque rocheuse se désolidarise de la paroi, juste au-dessus de leur prison. La lourde masse ainsi détachée, longue d’une cinquantaine de mètres, sectionna l’excroissance de leur abri dans un craquement épouvantable et l’emporta dans sa dégringolade pour exploser en mille morceaux au pied du plateau… Choqués par le bruit assourdissant de cette avalanche de pierres, les adolescents découvrirent en sortant la tête de leurs épaules, qu’ils étaient encore vivants, sans comprendre comment cela était possible. Ils observaient, muets, l’immense vallée qui s’étalait désormais sous leurs yeux, du haut de leur petite terrasse mise à nue par ce terrible éboulement. Pris de vertige, ils vacillaient au-dessus de ce précipice et tremblaient de tous les membres de leurs corps. Ils étaient dans l’incapacité de contrôler leurs mouvements. Malgré tout, ils se traînèrent en hurlant de peur au plus profond de la cavité éventrée. Ils devaient à tout prix éviter de tomber de cet abri ouvert, comme des oisillons de leur nid…

Mais, à peine furent-ils à leur place qu’une nouvelle détonation se fit entendre. Cette fois-ci, elle provenait de l’intérieur du plateau. La voûte de la base du PNC, qui retenait l’immense réservoir souterrain, venait de céder.

— Que se passe-t-il encore ? gémit Rachid qui se demandait s’ils n’assistaient pas à la fin du monde.

— Nous allons mourir !… C’est sûr ! sanglota Yoko qui s’enfonçait désespérément dans les bras de Kimbu pour éviter de voir quand elle serait propulsée dans le vide.

 

L’eau contenue sous le puits s’engouffra par millions de litres dans les galeries des trois cités qui se transformèrent en de gigantesques et banales canalisations. Dans un bouillonnement infernal, elle s’incrusta dans les moindres recoins et détruisit tout sur son passage. La pression était telle que, lorsqu’elle ne trouvait pas le moyen d’avancer dans cette tuyauterie géante, elle s’extrayait de la roche en donnant naissance à des cascades. Comme un vieux tonneau qui fuit de partout…

C’est ainsi que, subitement, la porte de la prison des adolescents fut littéralement catapultée dans les airs pour laisser la place à un jet continu. Ce jaillissement d’eau ne retombait vers le sol qu’après s’être écarté d’une dizaine de mètres de la falaise. Il en fut de même, en face, où une énorme chute surgit soudain de l’ancien bureau du Grand Maître… L’eau giclait maintenant de partout, et ces milliers de cataractes qui aboutissaient toutes ensemble au pied du plateau créaient une pluie fine et légère qui s’élevait vers le ciel comme la fumée d’un volcan.

 

*

 

— Regardez ! cria Andrew, en attrapant la manche du Grand Maître pour qu’il se tourne de son côté. La base du PNC est en train de s’écrouler !

Impressionné par cette colonne de vapeur qui dominait la forêt à l’horizon, le Grand Maître ordonna à son pilote de retourner sur les lieux du drame pour se rendre compte des dégâts. L’homme obéit sur-le-champ et frôla les cimes des arbres qu’il venait déjà de survoler pour rejoindre le plateau qui se fracturait de partout…

Poe se réveilla soudain et, dans un éclair de lucidité, elle voulut savoir où cet engin la conduisait…

— Ne t’inquiète pas ! la rassura Andrew avec un sourire… Nous partons nous mettre à l’abri dans une nouvelle base, beaucoup plus confortable… Tu verras, tu y seras bien…

L’hélicoptère était maintenant au-dessus de l’ancien camp du PNC et il s’approchait prudemment de la falaise qu’il avait quittée, quelques heures auparavant. Des cascades surgissaient puissamment de toutes les failles. Cette quantité invraisemblable de trous dans la paroi donnait l’impression que le massif tabulaire était une véritable passoire. Les passagers se turent, car ils réalisaient l’horreur qu’ils avaient évitée de justesse…

— Là !… Là ! hurla Poe qui par hasard, venait d’apercevoir ses amis, perchés sur leur fine terrasse, à trois cents mètres au-dessus du vide…

Les jeunes prisonniers, agrippés au rocher, découvrirent en même temps l’hélicoptère qui s’approchait d’eux. Le bruit infernal causé par le gigantesque concert naturel des milliers de chutes d’eau ne leur avait pas permis d’entendre l’appareil arriver. Aussitôt, ils firent des signes désespérés pour se signaler. L’engin volant faisait maintenant du surplace à la même hauteur qu’eux…

— Il nous a vus ! s’extasièrent-ils en chœur, désormais rassurés de savoir qu’ils allaient bientôt quitter cet enfer…

Mais curieusement, au lieu de s’approcher de la fine terrasse, l’hélicoptère fit demi-tour et disparut dans la colonne de brume pour ne jamais réapparaître… Il était reparti rejoindre le convoi.

— Que faites-vous ? s’affola Poe qui ne comprenait pas, elle non plus, pourquoi le pilote ne leur portait pas secours…

— C’est trop dangereux ! répondit gravement le Grand Maître qui avait donné l’ordre de déguerpir. Hélas, nous ne pouvons rien faire pour eux !

— Non !… Non !… Non !… Ne faites pas ça ! s’époumona Poe qui décrocha précipitamment sa ceinture et qui sauta au cou du Grand Maître pour l’étrangler… Non !

L’infirmier l’assomma et se dépêcha de sortir de sa valise une seringue… Après avoir enfoncé dans son bras la petite aiguille, il lui injecta un puissant calmant qui la ferait dormir jusqu’à l’arrivée.

 

 

 

Fin du livre 2

 

2152

Cinquième période

« La chasse est ouverte ! »

Le grand saut

 

         Aux côtés de Mattéo, isolés sur leur petite terrasse collée à la falaise, Rachid, Shad, Yoko, Indra et Kimbu regardaient d’un air désespéré le décor fantasmagorique qui se dessinait autour d’eux.

Ici, tout n’était que nuage. Une gigantesque sculpture mouvante, prenant sa source plus bas, dans une épaisse mousse opaque et bouillonnante, montait progressivement le long des parois abruptes pour se confondre avec le ciel. À travers cette colonne humide qui reliait le sol à la voûte céleste, la lumière tentait quelques percées. Au sommet, les parties les plus vaporeuses jouaient le rôle d’un prisme et décomposaient les rayons du soleil qui apparaissaient sous l’aspect de formidables arcs en ciel.

À ce spectacle visuel impressionnant s’ajoutait l’effet sonore des centaines de cascades qui jaillissaient puissamment de la roche et qui, selon le débit ou la hauteur, apportaient leurs notes distinctes à cette dangereuse symphonie aquatique. Au bas des chutes, elles se mélangeaient toutes en un seul et immense vacarme qui s’élevait lui aussi vers les cieux comme un affreux hurlement.

— Pourquoi sont-ils repartis ? pleura Yoko qui s’accrochait au bras de Kimbu tellement elle avait peur de glisser.

Les six paires d’yeux tentaient de traverser l’écran blanc, espérant voir revenir l’hélicoptère qui s’était montré soudainement devant eux et qui s’était évanoui presque aussitôt. Mais en même temps, ils ne se faisaient pas trop d’illusion. Ils savaient que l’ennemi ne prendrait aucun risque pour eux, car ils étaient des bannis. Ils restèrent ainsi des heures à scruter le voile nuageux qui les encerclait et finirent par comprendre que l’engin ne réapparaitrait jamais plus.

Le cœur serré, ils observaient la falaise au-dessus de leurs têtes dans les moindres détails, espérant distinguer un passage qu’ils pourraient escalader pour atteindre le plateau. Mais la verticalité du lieu, la trop grande distance à franchir, l’absence de prises et la pierre suintante leur firent vite renoncer à ce projet…

— Je ne vois qu’une solution, finit par dire Mattéo en réalisant la situation dramatique dans laquelle ils se trouvaient. Notre seule issue, c’est la porte de la prison. Nous devons attendre que l’eau ne coule plus. Ensuite, nous regagnerons la sortie par les galeries.

En contemplant le jet continu qui envoyait de l’eau à plus de dix mètres de l’ouverture, Rachid prit un air sceptique :

— Si cette cascade s’arrête un jour… et si nous ne sommes pas morts de faim d’ici là !

— Et si les galeries ne sont pas obstruées ! conclut Indra, aussi pessimiste que son ami. Je n’ose même pas imaginer les dégâts causés par la furie de l’eau à l’intérieur. J’ai bien peur que nous ne vivions nos dernières heures ensemble avant de…

Indra fut soudain interrompue par un brusque craquement tandis qu’une longue fissure apparaissait sous ses jambes. La fente partait de la paroi verticale et rejoignait la fameuse fenêtre de la terrasse qui était orientée vers le vide. Elle s’élargissait de plus en plus… Indra eut juste le temps de se retourner sur le ventre et de saisir le pied de Shad qui était à ses côtés. Deux secondes plus tard, la moitié de la plateforme se détachait de son ensemble et s’effondrait pour s’enfoncer directement dans le néant, sans percuter le moindre obstacle. L’énorme bloc de pierre disparut dans le tréfonds puis ils entendirent une formidable explosion qui souleva une grande gerbe d’eau, remontant jusqu’à eux, tel un immense geyser.

Au milieu de ce cataclysme, ils observaient, horrifiés, la partie restante de rocher qui les retenait encore à la vie et qui s’érigeait, perpendiculaire à la paroi. C’était un petit espace dressé comme un plongeoir, au-dessus de l’eau qui se déversait trois cents mètres plus bas avec fracas.

— Nous ne pouvons plus rejoindre la porte de la prison ! hurla Kimbu, tremblant de peur… Nous sommes fichus !

 

*

 

Sur leur écran, dans la cité marine n° 1, le comité des sages suivait attentivement le déplacement des hommes du PNC. Depuis le QG400105, Serge Morille avait alerté aussitôt ses responsables sur la catastrophe qui s’était produite à l’intérieur de la base ennemie. Ils assistaient maintenant à une formidable retraite de l’ensemble des soldats quittant les monts de l’Oural pour se diriger vers le sud.

Les premiers véhicules de cet immense convoi atteignaient la Mer d’Aral, au niveau de l’île de Vozrozhdeniya, un lieu tristement célèbre pour ses anciennes activités de bioterrorisme au siècle dernier.

— Zoomez sur cette zone ! ordonna le sage Peyo Bingo à un technicien. Que peuvent-ils vouloir faire au milieu de ce désert ?

La Mer d’Aral faisait partie des premières catastrophes écologiques, causées par la gestion irraisonnée de l’eau par l’homme. En quelques années, ce lac salé qui était l’un des plus importants de la planète avait été asséché dans sa quasi-totalité. Aujourd’hui, l’humanité, en adoptant le programme de sa propre réduction, espérait bien qu’une région comme celle-ci se régénèrerait spontanément, si la nature reprenait ses droits.

— Regardez ! cria-t-il en montrant l’image agrandie qui était devant eux. Distinguez-vous une base militaire ? Des avions-cargos sont rangés à proximité d’une longue piste de décollage.

— Leur projet serait-il de quitter cet endroit ? s’inquiéta la sage Safiya Armoud. Mais pour aller où cette fois-ci ?

 

*

 

— Horus ! s’exclama Mattéo en apercevant sa silhouette sombre qui contrastait avec la clarté des nuages.

Ses amis cessèrent de scruter avec dégout le précipice pour observer l’oiseau qui s’approchait d’eux. Horus planait tranquillement dans les airs et la grâce de son vol laissait penser qu’il n’était nullement impressionné par le tumulte environnant. Sa présence soudaine les réconforta, même s’ils avaient conscience que le rapace ne pouvait rien faire pour eux.

— GLIC ! annonça à son tour Indra, en découvrant le robot qui émergeait de la brume, un peu plus loin.

Les jeunes prisonniers souriaient maintenant. Ils n’étaient plus seuls. Mais ils ne voyaient toujours pas comment ils pourraient quitter cet endroit de malheur.

Horus écarta ses ailes pour ralentir sa course et rejoindre les jeunes qui étaient cramponnés à leur refuge de pierre. À quelques mètres de l’abri, l’oiseau changea brusquement de trajectoire et se dirigea directement vers Mattéo pour se poser en douceur sur une de ses épaules. Il étendit alors ses ailes autour de sa tête et inclina la sienne contre son visage. Un geste destiné à détendre le garçon et lui ôter sa peur. Enveloppé sous les plumes de son compagnon, Mattéo resta immobile un certain temps et profita du calme que lui apportait l’animal pour reprendre des forces. Pendant ce temps, GLIC faisait du surplace au-dessus d’eux et attendait patiemment un signe de sa part.

Dès que Mattéo ouvrit les yeux, Horus pensa que son maître était apte à l’écouter. Sans tarder, il saisit délicatement le poignet de l’adolescent avec son bec et l’attira vers l’extrémité de la plateforme. Mattéo ne chercha pas à résister et se laissa guider jusqu’à la limite du plateau.

— Fais attention à toi, Mattéo ! lui lança Yoko qui s’inquiétait de le voir s’asseoir, les pieds au-dessus de l’abîme.

Kimbu et Shad s’approchèrent de lui et l’attrapèrent chacun par le bras pour éviter qu’il ne tombe. Mais Mattéo ne se souciait plus d’eux. Son esprit était complètement avec l’animal et il cherchait à comprendre ce que l’oiseau avait à lui dire. Perché sur son poignet qu’il tendait vers l’avant, Horus se mit à huir si fort que son cri strident résonna dans le gouffre malgré le bruit sourd des cataractes. Il répéta ce coup de sifflet suraigu une dizaine de fois et attendit sans bouger, tout en fixant les yeux de Mattéo.

— Mais, que se passe-t-il ? murmura Rachid qui voyait arriver de nulle part, des centaines d’oiseaux.

D’autres rapaces répondaient à l’appel d’Horus et venaient à la rescousse. Ils ne se posèrent pas, mais restèrent plutôt à tournoyer plus bas, sous la terrasse. Lorsque la masse vivante et tourbillonnante parut suffisamment dense, Horus lâcha subitement le bras de Mattéo et se laissa tomber dans le vide sans chercher à voler. Horrifiés, les jeunes adolescents le suivirent du regard dans sa chute. Il virevoltait et prenait de la vitesse, comme si l’oiseau était blessé et ne pouvait rien faire. Mais soudain, les oiseaux qui étaient en dessous se regroupèrent instantanément sur lui et formèrent un tapis protecteur. Ils accompagnèrent le faucon dans sa dégringolade jusqu’à l’agripper enfin, pour ensuite, le remonter dans les airs. Quand ils atteignirent la plateforme, Horus, qui n’avait toujours pas fait le moindre geste, s’anima subitement et se posa de nouveau sur le bras de Mattéo. Les autres oiseaux reprenant leur ballet aérien, un peu plus loin…

Des yeux de Mattéo, giclaient quelques larmes. Cette impressionnante démonstration venait de réveiller dans sa mémoire la terrible chute qu’il avait faite, alors qu’il tentait de se retenir à la jambe de CAR2241V, sous la terrasse du Grand Maître. Épuisé, il s’était laissé tomber et avait perdu connaissance. Il comprenait maintenant comment son ami Horus avait organisé son sauvetage, et il réalisait surtout, la puissance de cet animal qu’il aimait tant. Lentement, sans un mot, il plia son bras pour l’amener contre son buste et le serra tendrement contre lui, d’un geste reconnaissant.

— Merci Horus ! chuchota-t-il à son oreille, d’une voix douce et solennelle. Merci mon grand Horus !

Ensuite, il posa délicatement l’oiseau à côté de lui et se releva pour considérer ses cinq compagnons qui trouvaient son regard étrange.

— Ça va, Mattéo ? balbutia Kimbu… Te sens-tu bien ?

— Oui, merci. Ne t’inquiète pas.

Puis, d’un air réjoui, il s’empressa de leur annoncer la merveilleuse nouvelle qu’Horus venait de lui révéler.

— Voilà, reprit-il… Nous sommes sauvés ! Je sais désormais comment nous allons partir d’ici.

— Ah bon ? le dévisagèrent-ils tous, de leurs yeux incrédules… Comment ça ?

— En fait, il nous suffit de sauter dans le vide et les oiseaux qui sont plus bas se chargeront de nous déposer au sol.

— Tu ne parles pas sérieusement, Mattéo, n’est-ce pas ? s’étonna Indra en écoutant sa proposition. Tu dis n’importe quoi !

Effectivement, ils se demandaient tous si Mattéo n’était pas devenu fou. Comment pouvait-il s’imaginer qu’ils allaient survivre en se lançant dans les profondeurs de cet enfer ? Non, leur ami n’allait plus bien du tout. Ils en étaient persuadés.

— Mais, enfin ! insista-t-il. Vous n’avez donc pas vu comment Horus a été récupéré par tous ces oiseaux ? Êtes-vous aveugles ?

— Oui, nous l’avons vu, répondit Yoko. Mais tu ne peux comparer le poids d’Horus aux nôtres tout de même. Réfléchis un peu, Mattéo !

Mattéo pencha sa tête par-dessus le rocher et reconnut que ce n’était pas aussi évident que ça d’accepter de se jeter dans le vide. Mais il était pourtant sûr que cela était possible.

— J’ai survécu à la même chute que celle-là, reprit-il. Rappelez-vous le jour où je me suis fait surprendre dans le bureau du Grand Maître. Ils m’ont déjà sauvé une fois. Pourquoi ne pourraient-ils pas le faire une deuxième fois ? Mais aujourd’hui, leur tâche sera plus facile, car GLIC va nous aider également. En nous accrochant au robot, notre poids sera réduit au minimum.

Aucun ne répondit. Ils avaient beau savoir que Mattéo s’en était sorti de cette façon, ils ne pouvaient pas s’imaginer se lancer depuis cette hauteur dans cet étourdissant et sinistre tumulte.

— Avez-vous une autre solution à proposer ? ajouta-t-il calmement, tentant à son tour de les rassurer, comme Horus avait pris le temps de le faire avec lui.

— Non ! répondirent-ils, déçus, au bout d’un long moment.

— Qui veut donc commencer à sauter ?

— Pas moi, dit Yoko, dont le visage devenait blanc comme un linge.

— Moi non plus, avoua Rachid, prêt à vomir, à l’idée de devoir se jeter dans le vide.

Face au manque de conviction compréhensible de ses amis, Mattéo finit par leur dire :

— Préférez-vous que je vous montre d’abord comment faire ?

Il demanda à GLIC de s’approcher de lui, et celui-ci, commandé par Paméla Scott, vint se placer au-dessus de sa tête. Puis, se cramponnant aux chenilles du robot, il s’avança au bord du plongeoir.

— Je vous attends en bas ! hurla-t-il… Courage !

Sous les yeux de ses compagnons pétrifiés, Mattéo quitta le promontoire en plongeant. Malgré l’aide de GLIC pour le ralentir dans sa course, il arriva rapidement sur les oiseaux. Comme pour Horus, ceux-ci se concentrèrent sous ses pieds et contrôlèrent sa descente. Tout semblait se passer comme prévu. Mais tout à coup, la cohorte ailée qui soutenait Mattéo disparut dans l’épaisse brume et ils ne virent plus rien pendant longtemps… Très longtemps… Très, très longtemps. Leur ami s’était-il écrasé comme ils le craignaient, là où les chutes d’eau se rejoignaient ? Non, les oiseaux réapparaissaient soudain en piaillant victorieusement et venaient se replacer au même endroit pour accueillir le prochain cascadeur.

Ce fut au tour d’Indra de s’accrocher à GLIC. Quand elle se retrouva à l’extrémité de la plateforme, toute tremblante, elle baissa la tête pour regarder sous ses pieds et fut prise de vertige. Elle s’évanouit, lâcha le robot et entama sa descente, inconsciente, comme si elle était morte. GLIC, surpris, tenta de la suivre pour pincer sa tunique avec son bras, mais sa vitesse était telle qu’il ne put la rejoindre avant qu’elle n’atteigne le groupe des oiseaux. Il dut renoncer à l’attraper pour ne pas gêner les rapaces qui s’étaient déjà mis en position, prêts à la réceptionner. Ces rois de l’espace avaient anticipé sa chute. Pour ne pas être assommés brutalement par son poids qui arrivait exagérément vite, ils l’accompagnèrent pendant une centaine de mètres sans la retenir. C’est ainsi qu’elle disparut à son tour dans la masse blanche, sans que ses amis puissent avoir la certitude que les oiseaux avaient sauvé leur compagne… Mais, au bout d’un long moment, ils virent reparaître les volatiles triomphants, prêts à recommencer leur manège.

Malgré le doute, ils se laissèrent tomber un par un, et Kimbu fut le dernier à sauter. Lorsqu’il empoigna le robot, les muscles de son ventre étaient si crispés qu’il n’arrivait pratiquement plus à respirer. Il avait tellement peur qu’il beugla sans discontinuité, le temps d’atteindre la troupe de rapaces. Par contre, une fois debout sur le dos des oiseaux, guidé dans les airs par ses protecteurs, il hurla de bonheur en découvrant les folles sensations de glisse que lui procurait cette fabuleuse descente. L’adolescent n’en revenait pas que cela soit possible.

Transporté jusqu’au pied des chutes, ils finirent par le déposer à côté de ses amis, dans un endroit abrité, en bordure de la forêt.

— Waouh ! crièrent-ils en chœur, à nouveau réunis, en se serrant dans les bras… Nous sommes sauvés !

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